Dossier thématique

MICRO-ASSURANCE SANTÉ

Pour rompre le cercle vicieux maladie/pauvreté dans les pays en développement


Malgré les progrès observés ces dernières années, la faiblesse des systèmes de santé de certains pays rend l’accès aux soins de base très difficile pour les populations les plus défavorisées et les maintient dans le piège de la pauvreté.

Pour ces populations particulièrement vulnérables, la maladie représente un risque immense : elle entraîne presque toujours une détresse financière du fait des dépenses médicales et de la perte du salaire quotidien. Avec des systèmes de santé et d’assurance maladie très précaires, voire inexistants, la totalité ou presque du revenu d’un foyer risque d’être englouti quand l’un de ses membres tombe malade.



Pour rompre le cercle vicieux de la pauvreté aggravée par la maladie, la Fondation Sanofi Espoir soutient la mise en place de mutuelles participatives destinées à fournir une couverture santé aux familles disposant de revenus très modestes, vivant en dessous du seuil de pauvreté. Avec un objectif clair : renforcer les capacités des populations les plus défavorisées à améliorer elles-mêmes leurs conditions de vie.



Comment fonctionnent les micro-mutuelles de santé ?

La micro-assurance s’adresse aux populations du secteur informel exclues des marchés traditionnels de l’assurance. Elle les aide à sécuriser leurs revenus en leur donnant accès à des services efficients de protection sociale. Elle fonctionne sur la base de principes fondamentaux : la solidarité et la participation démocratique. Les ressources sont mises en commun afin que chacun bénéficie des mêmes services en cas de maladie pour un même niveau de cotisation.

A Madagascar, par exemple, le système mis en place par Inter Aide est obligatoire pour les microentrepreneurs désireux de souscrire un prêt. Moyennant 6 € par famille et par an, leur mutuelle prendra en charge leurs frais de santé à hauteur de 2 000€. A la différence d’une assurance classique, le montant de la cotisation n’est pas déterminé par l’âge, le sexe ou l’état de santé d’un membre.

Les micro-mutuelles de santé offrent en premier lieu une protection financière car il n'existe pas de sécurité sociale dans les pays où nous intervenons.

Anne-Claire Hay Responsable du secteur micro-assurance d'Inter Aide.

Quels services offrent-elles ?

Elles offrent en premier lieu une protection financière car il n’existe pas de sécurité sociale dans les pays où nous intervenons, indique Anne-Claire Hay, responsable du secteur micro-assurance d’Inter Aide. Nous nous adressons à des microentrepreneurs vivant dans des conditions précaires.

La survenue d’une maladie peut les obliger à vendre leur outil de travail ou à s’endetter lourdement. » L’offre varie en fonction des pays. Chaque mutuelle doit tenir compte de trois facteurs : les besoins de santé, l’offre existante en la matière, la capacité de contribution des membres.

Le but est de supprimer les barrières financières, et si possible géographiques, pour faciliter l’accès aux soins des petits artisans dans les grandes villes en Inde ou à Madagascar, des planteurs de coton au Tchad, ou des paysans cultivant le riz et l’huile de palme en Guinée forestière Guinée.

  • En Afrique, les micro-mutuelles soutenues par le Centre International de Développement et de Recherche (CIDR) prennent généralement en charge les soins de santé de base : bilans médicaux gratuits, consultations pré et postnatales, vaccinations, planification familiale, éducation à la santé… Ils sont dispensés dans des postes ou centres de santé qui constituent le premier point de contact de la population avec les systèmes de santé.
  • En Inde, où il n’existe pratiquement pas de service de santé public, les dépenses de santé sont l’une des principales causes de l’endettement des ménages. La majorité de la population se tourne, faute de mieux, vers des revendeurs, charlatans et officines travaillant en dehors de toute réglementation. Pour y remédier, Inter Aide a mis en place 5 mutuelles protégeant aujourd’hui plus de 60 000 personnes dans les quartiers de Bombay et de Puné. En plus du remboursement des frais hospitaliers en raison de leur coût très élevé, la mutuelle apporte une assistance téléphonique 24h sur 24h pour orienter ses adhérents vers un réseau constitué de 300 partenaires de santé soigneusement sélectionnés, pratiquant des soins adaptés à tarifs négociés et contrôlés.

Les difficultés rencontrées

Chaque mutuelle doit pouvoir compter sur un réseau garantissant un bon niveau d’expertise, de mobilisation et d’investissement humain et financier. Or les conditions ne sont pas toujours remplies : compétences parfois douteuses des praticiens dont certains pratiquent des tarifs prohibitifs, pénurie de médicaments, qualité variables des structures de soins.

“L’enjeu consiste aussi à mettre fin aux abus en développant des partenariats forts et durables avec les autorités sanitaires locales pour garantir une offre de qualité à un coût abordable pour tous”, explique le Dr Bruno Galland, conseiller sur les mutuelles de santé́ pour l’Afrique au CIDR. L’autre difficulté réside dans la compréhension du public : à la différence du micro-crédit, les avantages de la micro-assurance ne sont pas immédiatement mesurables et les familles ne perçoivent pas d’emblée l’utilité de s’assurer.

Pour y répondre, les mutuelles ont mis en place des campagnes de sensibilisation, de nouveaux outils de communication (films, bandes dessinées, posters, jeux, …) et démultiplié les formations des animateurs santé.

Aujourd'hui, 250 000 personnes environ en bénéficient. Elles contribuent à renforcer l'offre de soins et à réguler les pratiques de santé

Dr Bruno Galland, conseiller sur les mutuelles de santé́ pour l’Afrique au CIDR

Le bilan aujourd’hui

« Ces mutuelles sont encore marginales en Afrique mais elles sont les seules à proposer des micro-assurances aux familles du secteur informel dont les revenus annuels excèdent rarement 1000 €, indique le Dr Galland. Aujourd’hui, 250 000 personnes environ en bénéficient, soit 10% du total des assurés. Et, comme l’a récemment montré une étude de l’Université de Montréal, elles contribuent à renforcer l’offre de soins et à réguler les pratiques de santé. »

« En Inde, où nous travaillons depuis 10 ans, le taux de fidélisation est aujourd’hui de 74%, renchérit Anne-Claire Hay. La micro-assurance permet non seulement aux familles de se soigner plus vite et mieux, elle leur fait aussi réaliser de substantielles économies : à Madagascar, par exemple, le montant moyen d’un remboursement équivaut à un mois de salaire ! »

 

Chiffres Clés

  • 300 professionnels de santé (hôpitaux, médecins, laboratoires d’analyses, pharmacies) composent désormais le réseau d’Uplift à Bombay et Puné (Inde). Pour les adhérents, les tarifs sont inférieurs de 20 à 50%.
  • 63% des adhérents utilisent les services de santé d’Uplift en Inde.
  • 1 mois de salaire :le taux de remboursement moyen de la micro assurance mise en place par Inter Aideà Madagascar
  • 1,5 à 6,5 €/ an : le prix d’une micro-assurance dans les 10 pays d’Afrique où le réseau se met progressivement en place.