Dossier thématique

Santé et précarité en France



La Fondation réunit ses partenaires

Comment améliorer l’accès aux soins des personnes en grande précarité en France ? Le 20 novembre 2014, la Fondation Sanofi Espoir organisait au Conseil économique, social et environnemental une table ronde avec quatre de ses partenaires engagés dans la lutte contre les inégalités de santé. L’objectif : formuler des propositions destinées à faire évoluer les pratiques et les politiques publiques.

8,5 millions de personnes vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté en France*. La précarité et la maladie ne cessent de gagner du terrain. Accablés par les difficultés de leur vie quotidienne, de plus en plus de femmes, d’hommes et d’enfants renoncent aux soins dont ils ont pourtant besoin. Pour des milliers d’entre eux, le parcours de soins tient du parcours d’obstacles infranchissables. Face à ce constat inacceptable et pour réfléchir ensemble aux solutions permettant d’améliorer la situation, la Fondation Sanofi Espoir a réuni ses partenaires les plus engagés sur notre territoire : la Croix rouge française, Médecins du Monde, le Samusocial de Paris et Solipam, qui prend en charge les femmes enceintes en grande précarité et leurs bébés jusqu’à 3 mois.

*Source INSEE 2014

 
Nous vivons aujourd’hui dans une société au bord de la rupture sociale. Nous devons être attentifs à ce que les personnes désespérées ne sombrent pas dans une violence qui pourrait la déstabiliser.

Jean-Paul Delevoye ,
Président du Conseil économique, social et environnemental


En ouvrant, en 1986, son premier centre de soins pour les sans-abris en France, Médecins du Monde pensait le fermer un an plus tard. Aujourd’hui, chaque jour, dans 32 villes de France, MDM accompagne des femmes, des hommes et des enfants en situation de grande précarité toujours plus nombreux. En 2013 près de 30 000 personnes ont poussé la porte de ses centres d’accueil et de soins (CASO) dont 97% vivent sous le seuil de pauvreté, un tiers présente des retards dans l’accès aux soins et une sur cinq a renoncé à se soigner dans les douze derniers mois.



 

L’ETAT DES LIEUX

Comme MDM, la Croix-Rouge française, le Samusocial de Paris et Solipam constatent que les inégalités de santé s’aggravent : aujourd’hui, en France, plus une personne est pauvre, plus elle est malade et plus elle meurt jeune. Selon la Croix-Rouge française, l’espérance de vie des Français les plus pauvres ne dépasse pas 45 ans.


Couples, seniors, femmes, enfants : les nouveaux visages de la précarité

Quand le Samusocial a été créé il y a vingt ans, il s’adressait essentiellement aux grands exclus. Aujourd’hui, les familles résidant en Ile-de-France dans un hôtel social, un hébergement d’urgence ou un centre de demandeurs d’asile n’ont jamais été aussi nombreuses. Le nombre d’appels au 115 de seniors et de femmes seules à la rue ne cessent d’augmenter. Et, quand elles ont un toit sur la tête, 86% des familles hébergées à l’hôtel ont faim, ce qui est un phénomène nouveau. Une mère sur deux et un enfant sur trois sont anémiés, ce qui a des répercussions importantes sur leur santé. Le nombre de mineurs isolés étrangers est également en constante augmentation depuis 2007. Un mineur sur 10 vit seul, sans sa famille, soit 4 fois plus qu’en 2011, en raison notamment des difficultés à obtenir une prise en charge par les services dédiés.

80%
des familles accueillies
par Médecins du Monde sont
en situation d’insécurité alimentaire

 

Maladies chroniques, troubles mentaux : les pathologies de l’exclusion

Les pathologies rencontrées sont, pour la plupart, liées à des conditions de vie très difficiles : problèmes respiratoires, digestifs, ostéo-articulaires, dermatologiques, bucco-dentaires (11% des plus personnes pauvres souffrent de caries, contre 6% du reste de la population). Ces personnes ont peu accès à la prévention : deux tiers des enfants accueillis dans les CASO de Médecins du Monde accusent un retard de couverture vaccinale et la plupart des patients ne connaissent pas leur statut sérologique par rapport au VIH ou aux hépatites. Dans six cas sur dix, ils présentent des pathologies chroniques. Pour ces personnes en grande précarité, « le cumul des difficultés provoque aussi des troubles mentaux qui conduisent petit à petit à perdre toute préoccupation vestimentaire et d’hygiène. La personne perd alors toute estime de soi et ne prend plus soin de sa santé », indique Patrice Dallem, Directeur de l’action sociale à la Croix Rouge française. « La souffrance psychique est actuellement, dans le domaine de la santé, le symptôme majeur de la précarité. Son ampleur ne peut être ignorée dans la mise en place de dispositifs de prise en charge médico-sociale. »

1/3
des personnes isolées sans logement
en Ile de France présentent
des troubles psychiatriques sévères

29%
des mères accueillies par le Samusocial
souffrent de dépression Chez elles, un enfant sur deux
est suspecté de troubles de santé mentale

 

Pour les plus précaires, l’accès aux soins relève du parcours d’obstacles

Aux innombrables difficultés quotidiennes (manque de moyens, absence de logement stable, éloignement d’un centre de soin, barrière linguistique) s’ajoutent la méconnaissance des circuits administratifs et la complexité des démarches pour accéder aux droits. 88% des patients reçus dans les centres de Médecins du Monde ne disposent d’aucune couverture maladie lors de leur première consultation, alors que près des trois quarts pourraient y avoir droit ! L’association pointe aussi du doigt les difficultés d’accès à l’Aide médicale d’Etat (AME) en raison de la complexité des démarches et des dysfonctionnements des institutions qui, à force de décourager les demandeurs, les incite à renoncer à se soigner. Un enfant sur quatre pris en charge par les équipes de Médecins du Monde n’a jamais consulté un généraliste ou un pédiatre.

87%
des personnes n’ont aucun droit ouvert
à l’assurance maladie

36%
des patients ont recours
à des soins trop tardifs

 

LES PISTES D’AMELIORATION PROPOSEES

En partageant leurs expériences de terrain et leurs convictions, les partenaires de la Fondation ont aussi analysé les dysfonctionnements qui marginalisent les plus vulnérables, pèsent sur leur santé et fragilisent l’équilibre social. Voici leurs propositions pour améliorer leur prise en charge.

Simplifier les démarches administratives

Le renoncement aux soins est fortement associé à l’absence de couverture maladie. Il est donc essentiel de faciliter l’accès aux droits et aux soins des plus démunis. Les Les associations réclament notamment la fusion de l’Aide médicale d’Etat (AME) dans le dispositif CMU, l’augmentation des seuils de l’AME et de la CMU, et un meilleur accompagnement dans les démarches.

Pour les femmes enceintes en situation de grande précarité, Solipam propose la création d’une carte inter-PASS (Permanence d’Accès aux Soins), de manière à simplifier et assouplir l’accès à ces dispositifs aujourd’hui très sectorisés.

Tous insistent sur l’importance de renforcer des partenariats entre acteurs associatifs et institutionnels. Il faut aussi viser un parcours global, qui prenne en compte toutes les dimensions, sociales, éducatives et sanitaires de ces populations fortement marginalisées.

Par leurs pratiques abusives, certaines administrations, barrent l’accès aux droits des plus précaires.

Marielle Chapuis,
Chargée de projets à l’Observatoire de l’accès aux soins de Médecins du Monde


Stabiliser l’hébergement

L’errance, mais aussi l’insalubrité de nombreux habitats nuisent à la santé des plus précaires. Tous les intervenants insistent sur ce point : en stabilisant l’hébergement des familles, des femmes enceintes et des mineurs sans domicile, il est alors plus facile de les intégrer dans un parcours de soins et un projet de réinsertion. Cela suppose de trouver des alternatives à l’hébergement d’urgence, d’améliorer la qualité de la prise en charge dans les hôtels. Pour un accueil mieux adapté à la vie des familles, l’hébergement en appartement partagé, avec cuisine commune, constituerait une alternative intéressante et pas plus onéreuse à l’hôtel.

En adaptant nos établissement d’hébergement et d’insertion, nous pourrions avancer de façon très concrète sur les alternatives à l’hôtel social.

Paule Herschkorn-Barnu,
Directrice du réseau Solipam


Renforcer la prévention

Pour les personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas faire la démarche de venir dans des structures de soins fixes, il est important de maintenir et développer des actions mobiles de proximité. L’objectif est d’aller vers et de travailler avec les personnes concernées pour mieux prendre en compte leurs difficultés et leurs besoins.

En stabilisant les personnes dans un logement, on stabilise aussi leur état de santé. C’est ce que montre notre projet “housing first” destiné aux sans-abri souffrant de troubles psychiques sévères.

Martine Wonner,
Directeur médical au Samusocial de Paris


FAMILLES SANS LOGEMENT

BILAN ALARMANT POUR L’HEBERGEMENT D’URGENCE AU LONG COURS

Le nombre de familles sans domicile ne cesse de croître. Mais que savait-on sur elle ? Rien, ou presque. Avec le soutien de la Fondation Sanofi Espoir, le Samusocial a publié les résultats d’une recherche-action, menée pendant 3 ans, dressant pour la première fois l’état des lieux de la précarité familiale en Ile-de-France.


GROSSESSE + PRECARITÉ = URGENCE MEDICALE

SOLIPAM ACCOMPAGNE LES FEMMES ENCEINTES ET LEURS ENFANTS

5 enfants naissent chaque jour dans le cadre d’un hébergement d’urgence en Ile-de-France (source : enquête ENFAMS), soit 2000 naissances sur les180 000 déclarées chaque année sur ce territoire. Très souvent, leurs mères accouchent sans avoir été suivies pendant leur grossesse. Le réseau Solipam (Solidarité Paris Maman) s’attache à limiter les risques sanitaires encourus par ces femmes en errance et leurs bébés